Le covoiturage : entre speed-dating et « speed-friending »
Ma copine Lisa et moi avons décidé de nous rendre aux Francofolies de la Rochelle et, pour partager les frais, nous nous sommes donc inscrites pour la première fois sur un site de covoiturage bien connu. A l’aller, nous devons donc récupérer à Bordeaux une femme et un homme dont nous ne connaissons que le nom et le numéro de portable. Sur la route, nous échangeons des regards complices : et si c’était le sosie de Brad Pitt, ou de Shemar Moore ? Secrètement, je me dis : bon, si c’est un super beau gosse, je le réquisitionne à l’arrière, rien que pour moi, et sinon, je reste à côté de ma copine ! Cette rencontre a tout d’un premier rendez-vous : nous sommes si curieuses de savoir à quoi il ressemble, qui il est, ce qu’il fait dans la vie…Nous nous arrêtons au premier point de rendez-vous pour prendre la nana : une jeune femme de 22 ans, qui se prénomme Léonie. Pas de chance : la demoiselle est atteinte de diarrhée verbale. En cinq minutes, nous connaissons tout de sa vie. Elle part rejoindre un inconnu chez qui elle va faire du couchsurfing, et qu’elle a prévu de retrouver au festival. Quelques instants plus tard, nous arrivons au deuxième point de rencontre : nous cherchons l’étranger du regard et là, triste déception : nous découvrons un individu d’une quarantaine d’années, largement en surpoids, qui s’empresse de nous faire remarquer que nous avons 7 minutes de retard… Doucement ! Mi Juillet, c’est logique que les routes soient encombrées ! Après avoir chargé ses affaires dans le coffre, nous le reléguons à l’arrière en compagnie de Léonie. A peine installé, Môssieur enchaîne les remarques désobligeantes sur la déco intérieure de la voiture de ma copine ; je me retiens de lui dire qu’il peut s’estimer heureux de nous avoir trouvé comme bon plan : dans un avion, il aurait payé deux places…puis je me repens immédiatement de cette mauvaise pensée pas sympa du tout, même s’il l’a bien cherché ! Léonie tente de détendre l’atmosphère en s’intéressant à lui : cependant, il se contentera de répondre uniquement à la question : « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » par un bref : « informaticien, maintenant, j’aimerais bien dormir ». Wahou ! Le voyage va être long. Adieu, Brad Pitt, adieu Shemar Moore. Léonie continuera malgré tout son monologue du vagin pendant 3 heures, après nous avoir expliqué que sa passion, c’est prendre en photo Monsieur et Madame Patate devant un paysage ou un monument de chaque ville qu’elle visite : alors là, c’est M. et Mme Patate devant la Tour Eiffel ; ici, devant le Taj Mahal, et là devant la statue de St Sébastien… Et sinon, tu veux les prendre en photo devant mon cul ? Non mais sans blague ! Arrivés à bon port, nous déchargeons tout ce petit monde vite fait, après avoir botté en touche à la proposition de Léonie de rester avec nous pour se rendre au festival. Non, c’est pas prévu au contrat !, se contentera de lui répondre ma copine. Ca n’a pas loupé : plusieurs heures plus tard, nous éviterons soigneusement de répondre à son appel pleurnichard, expliquant que ce connard de couchsurfeur ne s’était pas rendu au point de rendez-vous et qu’elle était désormais seule dans une ville inconnue, sans endroit où dormir… ça tombe bien, au festival, on n’est pas là pour ça !!
Au retour, le lendemain, nous sommes refroidies, et c’est avec appréhension que nous partons chercher de nouveaux compagnons de route : en découvrant deux copains d’une trentaine d’années, plutôt mignons, nous sommes enchantées. Même si la soirée a eu raison de nous, et que nous ne sommes plus très fraîches, ils semblent être entrés en mode « séduction ». Nous ne voyons pas le temps passer. Nous échangerons même nos numéros de portable avant de se quitter, fébriles…
Ah ! Le covoiturage réserve décidément bien des surprises… Et un bon plan pour ceux qui ont envie de faire des rencontres (heureuses ou…pas !). Une crainte cependant : imaginez une seconde que le couchsurfing ou le covoiturage ait existé au moment des méfaits de Marc Dutroux, Francis Heaulme (« le routard du crime ») ou autre Patrick Dils (ah non, lui, il était innocent) : hummm… ils s’en seraient donnés à cœur joie ! Mais bon, on n’arrête pas le progrès, et on s’est bien marré…